De : Noémie
À : Lecteur

« Que chacun demeure dans l’appel dans lequel il a été appelé. »
1 Cor 7, 17-22

étant donnés :

  1. le désintérêt de prime abord que j’ai pour les archives relatives aux événements que l’on couvre sous la dénomination Sigma,
  2. la méconnaissance d’un tel sujet dont je n’ai jamais eu l’occasion d’expérimenter la réalité ;

il me semble particulièrement intéressant de fonder un je-ne-sais-quoi — presque rien en vérité, si vérité il y a bien entendu — autour de la notion d’appel qui, elle me semble être de mon ressort.

Le terme klesis, forme déverbale de kaleo signifie appel. Sa traduction en Beruf par Luther a été pensée dans les sciences sociales par Max Weber dans l’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. On y trouve la thèse selon laquelle ce qu’il « appelle "l’esprit capitaliste" s’enracine dans l’ascèse professionnelle calviniste et puritaine une fois celle-ci émancipée de son fondement religieux. En d’autres termes, cela signifie que l’esprit capitaliste est une sécularisation de l’éthique puritaine de la profession. » (Giorgio Agamben, Le temps qui reste). Cette profession est le résultat d’une transformation de la vocation messianique dans le concept moderne de Beruf. La traduction allemande prend alors le sens de vocation mais aussi celui de profession mondaine ; et c’est à partir de là que nous pourrons penser le statut de celui qui est appelé, son identité. En tant que quoi est-on appelé ? Chez Paul, nous sommes face à une dialectique immobile, ce « en tant que quoi on est appelé » n’est pas une vocation ayant un contenu spécifique. C’est pour cette raison que la klesis a pu être confondue avec la condition factuelle et l’état et signifier aussi bien vocation que Beruf. Ainsi dans la signification moderne de Beruf, l’appelé doit être prédéterminé à recevoir l’appel, forçant à mesurer son statut.  
Dans le cas d’un appel au public, avant toute action d’appel, il y a une pensée des objets que l’on souhaite récolter. C’est en vue de cette attente de réponse que l’on peut mesurer le statut de l’appelé. Ainsi dans tout appel prend place une forme de réponse prédéterminée. Si les documents que nous voulons recueillir sont des archives qui n’ont pas encore été institutionnalisées, souvenirs oraux de personnes qui étaient présentes à Sigma, l’appel va conditionner le type de réponses.

Finalement, j’aimerais envisager un type d’appel particulier au travers du spiritisme. En effet, en quoi le témoignage d’un être vivant a-t-il plus de valeur que celui d’un être mort ? La question du spiritisme peut nous permettre de penser les limites des archives vivantes. Est-ce que l’invocation de l’esprit d’un participant à Sigma mort entre temps ne nous met pas en présence d’archive vivante ? À quel titre le témoignage d’un être vivant susceptible de mentir serait plus pertinent ?

Voici venu le temps de l’appel : une séance de spiritisme nécessite le rassemblement d’êtres vivants, de sorte que je propose à tout lecteur désireux de s’investir dans une telle démarche de me contacter grâce au formulaire qui suit. Une fois l’obtention d’un nombre conséquent d’engagés, j’établirais une date précise, un lieu et le déroulement de la séance d’appel. Nous pourrions par exemple invoquer Sun Ra, personnalité qui a particulièrement affecté ma pratique ces dernières années. Bien sûr, tout participant peut suggérer des noms à invoquer (personnalités célèbres comme non célèbres).


Noémie Gaussou.

Réalisé dans le cadre du laboratoire de recherche « Sigma redux / l’appel au public »
EBABX/ École d’Enseignement Supérieur d’Art de Bordeaux