Direction de recherche :
Danielle Colomine, Jean‐Philippe Halgand, Didier Lechenne, Pierre Ponant, Clara Schulmann.

Contributions :
Jean Calens.

Thématique :
Cartographies de la contre-culture et des avant-gardes

Axe de recherche et Méthodologie :
En 1965, dans Balladofa Thin Man, Bob Dylan met en scène un col blanc conformiste littéralement sonné face aux effets ravageurs, obscurs, d’une contre‐ culture incarnée par une galerie de freaks que ce Mr Jones croise, halluciné, lors d’une sorte de descente aux enfers. « Something is happening here / But you don’t know what it is / Do you, Mister Jones ? », demande Dylan, amusé, à ce personnage qui fait là l’expérience d’un véritable choc culturel.

Les conditions de visibilité et d’invisibilité de la contre‐culture en déterminent les contours mais aussi l’accès. Ces conditions sont à la fois voulues, désirées, parfois subies ‐ lorsque l’atmosphère politique contraint au secret. Des événements précis, ponctuels — festivals, entre autres — offrent à ces productions parfois marginales l’occasion d’une soudaine mise en lumière, à différents points de la planète, selon différentes modalités d’apparition.

Le festival SIGMA, à Bordeaux, s’est ainsi présenté comme un moment capable de rassembler, choisir, exposer un certain nombre d’artistes parfois encore inconnus. La brièveté du festival, son aspect éphémère, aura offert une plateforme d’expression, de découverte, résolument précieuse, à des mouvements, à des artistes, qui retournaient ensuite vers l’ombre. Cet effet de « comète » du festival, agissant par la fulgurance, a conféré une soudaine visibilité à des modes de production qui revendiquaient par ailleurs l’espace de la marge.

À partir de SIGMA, et en élargissant le festival à la question des plateformes de visibilité, une géographie mondialisée de la contre‐culture se dessine ‐ depuis le Cabare Voltaire de Zürich en 1916, le Festum Fluxorum Fluxus de 1963 à Düsseldorf, le Destruction in Art Symposium (DIAS) de Londres en 1966, l’l’Exploding Plastic Inevitable orchestré par Warhol en 1966 et 1967, jusqu’à aujourd’hui. Quelle que soit la période choisie, les marges de la production officielle se retranchent ou s’offrent aux regards au gré de « scènes » qui les invitent ou qu’elles inventent.

L’idée de « scène » guidera les étapes de cette recherche : parce qu’une scène est un espace à prendre, à jouer, à investir, un espace virtuel ou tangible, incarné ou désincarné, un espace mobile, un espace en ligne ; parce qu’une scène est un réseau complexe de lieux, d’œuvres et d’acteurs dont les cartographies se superposent plus qu’elles ne recoupent.

La scène réunit plus qu’elle ne scinde : c’est à partir de cette idée que nous souhaiterions travailler.