Direction de recherche :
Michel Aphesbero, Jeanne Quéheillard, Pierre‐Lin Renié.

Thématique :
More is More : multiples

En novembre 1967, la troisième édition du festival SIGMA comporte une exposition à la galerie des Beaux‐arts de Bordeaux, intitulée « Le multiple ».

Axe de recherche et Méthodologie :
Organisée par Abraham Moles et François Barré, elle réunit des images et des objets édités en nombre et produits par des artistes, des designers, et des graphistes. Elle est complétée par une programmation de films de graphistes. Elle se fonde sur « une philosophie du monde des objets, où les catégories d’objets d’art, d’objets usuels se trouvent désormais confondues ». Cette mise à plat affirmée des catégories et des médiums s’inscrit dans un héritage des avant‐gardes de l’entre‐deux guerres, qui visaient à démocratiser l’art et à l’insérer dans le cadre de vie quotidien.

Pour les commissaires de l’exposition, il s’agit d’actualiser ce programme, d’en assumer l’utopie visionnaire en la transposant dans l’environnement économique et social des Trente Glorieuses, tout en prenant en compte les nouveaux courants artistiques ainsi que les avancées technologiques et industrielles.

Pour autant, l’exposition « Le multiple » s’articule sur des choix spécifiques, principalement européens, et centrés sur l’art cinétique et l’op‐art pour la partie éditions d’artistes. Depuis, l’historiographie du multiple a surtout retenu pour cette période des années 1960 une production américaine liée au Pop Art, ou encore à Fluxus. De même, est bien connue l’œuvre éditée d’artistes particulièrement prolifiques dans ce champ, tels Dieter Roth ou Josef Beuys.

Si le multiple a souffert pendant de nombreuses années d’une image de sous‐ produit de l’œuvre « originale », ou de gadget décoratif au caractère de marchandise trop marqué, il connaît depuis peu un fort regain d’intérêt. Des éditeurs et des galeries spécialisées voient le jour, et de nombreux artistes produisent à nouveau des éditions. Parallèlement, plusieurs panoramas historiques ont été récemment publiés.

Tant sur le plan théorique que sur le plan plastique, ce projet de recherche souhaite donc faire émerger un pan encore mal repéré de cette histoire, tout en s’interrogeant sur l’actualité des conceptions transdisciplinaires énoncées par Moles en particulier. Il s’agira aussi d’explorer les évolutions et transformations des notions de matrices et de modèles, dans une situation industrielle confrontée à des débats critiques ouverts.

Ces questionnements trouvent également un prolongement dans la neuvième édition de SIGMA (1973). L’art à l’ordinateur, vers où ? demande alors Abraham Moles, renvoyant la notion de modèle vers « un art variationnel » grâce à la cybernétique, le numérique et les réseaux, débats ouvrant aujourd’hui sur la situation du multiple à l’ère numérique.

Cette question du multiple se déplie ainsi sur de nombreux plans, souvent présentés comme antagonistes, qu’il conviendra alors d’interroger et de réévaluer à l’aune de pratiques contemporaines.